Face à la généralisation des ventes à la sauvette, à l’explosion des trafics et à l’alourdissement de la fiscalité, la confédération des Commerçants de France (CDF) alerte : les centres-villes se vident, les commerces ferment et les territoires s’affaiblissent.
En vingt ans, le taux de vacance commerciale a doublé pour atteindre 10,85 % en 2024. Ce chiffre illustre une réalité nationale : la décommercialisation.
Derrière chaque rideau baissé, c’est un quartier qui perd de sa vitalité, un lien social qui s’effrite.
À la fragilisation du pouvoir d’achat et à la concurrence du e-commerce s’ajoutent désormais trois facteurs aggravants : une fiscalité étouffante, la vente à la sauvette et l’essor des trafics organisés.
Les buralistes incarnent cette crise du commerce de proximité.
Selon le rapport EY-Parthenon “Impact de la fiscalité du tabac dans les territoires” (novembre 2025), téléchargeable en fin d’article :
37 % des cigarettes consommées en France ne passent plus par le réseau légal,
chaque commerce perd en moyenne 41 000 € de marge par an,
plus de 10 000 points de vente ont fermé en vingt ans,
et entre 20 000 et 35 000 emplois ont disparu.
Mais le tabac n’est plus le seul concerné.
Ces trafics s’étendent à de nouveaux secteurs : fleurs, fruits et légumes, vêtements, accessoires, produits de contrefaçon, voire médicaments.
Les centres-villes deviennent les points de convergence des marchés parallèles aux conséquences multiples : concurrence déloyale, atteinte à la santé publique, désorganisation de l’espace urbain et perte d’attractivité économique.
Une affaire récente dans le secteur des fruits et légumes a d’ailleurs mis en évidence l’exploitation de travailleurs sans titre par des réseaux organisés, révélant le lien direct entre trafics économiques et traite d’êtres humains. Ces dérives montrent que la vente à la sauvette n’est plus un phénomène marginal, mais un système structuré qui fragilise tout le tissu commercial légal.
Les collectivités locales, premières exposées, voient leurs charges exploser.
Toujours selon le rapport EY-Parthenon, les effectifs de police municipale ont augmenté de 41 % entre 2013 et 2023, sans pour autant enrayer le phénomène.
À Noisy-le-Sec, 14 agents sont mobilisés chaque jour pour sécuriser un seul point de trafic, pour un coût annuel estimé à 310 000 €, soit 0,4 % du budget total de la commune.
Dans le même temps, la dotation globale de fonctionnement versée par l’État a chuté de 35 % en dix ans, rendant la lutte de plus en plus difficile.
Les trafics de rue créent un cercle vicieux :
perte de chiffre d’affaires pour les commerces légaux,
dégradation du cadre de vie,
montée de l’insécurité,
désaffection des clients,
et aggravation de la vacance commerciale.
Plus d’un commerçant sur deux déclare avoir constaté une hausse du sentiment d’insécurité autour de son point de vente.
Pour 70 % des Français (sondage CSA, 2025), il n’existe plus de lieu en France où l’on puisse se sentir totalement en sécurité.
La confédération des Commerçants de France demande une mobilisation immédiate de l’État et des collectivités autour de quatre priorités :
Un moratoire fiscal sur les produits à forte taxation qui fragilisent le commerce légal ;
Un plan national de lutte contre les trafics et la vente à la sauvette, avec des moyens renforcés ;
Un encadrement strict des ventes en ligne et transfrontalières, pour limiter les distorsions ;
Des moyens accrus pour l’État et les collectivités afin de lutter efficacement et durablement contre la vente à la sauvette.
Le rapport EY-Parthenon « Impact de la fiscalité du tabac dans les territoires » met enfin des chiffres sur une réalité que l’on pressentait sans pouvoir la mesurer. Les conclusions sont sans appel. Il dresse un constat clair : sans inflexion rapide, la combinaison d’une fiscalité excessive et d’une économie parallèle incontrôlée conduira à la disparition progressive du commerce de proximité.
Car défendre les commerçants, c’est défendre la sécurité, la vitalité et la cohésion de nos territoires.
Le rapport complet est disponible en téléchargement : Brochure fiscalité et territoires – EY Parthenon pour CDF