Décommercialisation : ce que recommande le Sénat pour renforcer le commerce de proximité

La décommercialisation n’est plus un phénomène limité aux petites communes. Elle touche désormais les centres-villes, les centres-bourgs, les villes moyennes et jusqu’aux grandes métropoles. Face à cette évolution, le Sénat a publié les conclusions de sa mission d’information consacrée à ce sujet.

Son constat est clair : le commerce de proximité demeure indispensable à la vitalité économique et sociale des territoires, mais il doit aujourd’hui faire face à des mutations profondes qui nécessitent une mobilisation de l’ensemble des acteurs.

Pour Commerçants de France, plusieurs recommandations formulées par les rapporteurs rejoignent des propositions que nous portons depuis plusieurs années, notamment en matière de concurrence déloyale, de loyers commerciaux et de revitalisation des centres-villes.

La décommercialisation s’étend à l’ensemble des territoires

Le rapport dresse un constat préoccupant. Le commerce, en incluant la restauration, représente près de 3 millions d’emplois en France, soit 15 % des emplois du secteur privé.

Le commerce de détail traverse cependant une succession de crises et de profondes transformations : développement du e-commerce, évolution des habitudes de consommation, montée de la seconde main, stagnation du pouvoir d’achat ou encore difficultés du secteur de l’habillement.

Ces évolutions se traduisent par une progression continue de la vacance commerciale :

  • 11,6 % des locaux commerciaux sont vacants en France en 2025 ;
  • la vacance atteint 11,7 % dans les centres-villes ;
  • elle s’élève à 16,8 % dans les centres commerciaux ;
  • 62 % des communes françaises ne comptent plus aucun commerce.

Les villes de moins de 50 000 habitants sont particulièrement touchées. Leur taux de vacance commerciale est passé de 8,5 % à 13,5 % entre 2017 et 2025. Les grandes villes et les métropoles ne sont désormais plus épargnées.

Pour autant, les rapporteurs rappellent que la décommercialisation n’est pas une fatalité. Elle impose d’agir simultanément sur plusieurs leviers : concurrence, fiscalité, aménagement commercial, loyers et adaptation des commerces aux nouvelles attentes des consommateurs.

Les plateformes chinoises, un facteur de fragilisation du commerce

L’un des principaux enseignements de la mission concerne les plateformes chinoises telles que Temu, Shein et AliExpress.

Le rapport souligne que ces plateformes se sont imposées sur le marché français grâce à des prix anormalement bas, un marketing numérique particulièrement agressif, une logistique optimisée et un renouvellement permanent de leur offre.

En 2025, les produits importés par l’intermédiaire de ces plateformes représentaient 5,6 milliards d’euros pour 826 millions d’articles, soit environ 2,3 millions d’articles par jour.

Le Sénat estime que ces acteurs pratiquent une concurrence déloyale reposant notamment sur une production subventionnée, la non-conformité fréquente des produits aux normes européennes et l’utilisation d’interfaces numériques trompeuses ou addictives.

Les rapporteurs prennent toutefois soin de rappeler que les plateformes chinoises ne sont pas à l’origine de la majorité des difficultés du commerce. Elles constituent néanmoins un facteur supplémentaire de fragilisation dans une crise plus largement multifactorielle.

Pour rétablir des règles du jeu équitables, la mission recommande notamment de :

  • mettre en œuvre la taxation européenne des petits colis issus des plateformes extra-européennes ;
  • renforcer les contrôles sur la sécurité et la conformité des produits ;
  • permettre le déréférencement, la suspension ou le blocage des plateformes en cas de manquements massifs et répétés.

Ces orientations rejoignent pleinement les demandes formulées de longue date par Commerçants de France pour lutter contre la concurrence déloyale subie par les commerçants français.

Les loyers commerciaux au cœur des difficultés des commerçants

Autre point fort du rapport : la reconnaissance du rôle joué par les loyers commerciaux dans la progression de la vacance.

Les rapporteurs relèvent que de nombreux commerçants supportent désormais des loyers trop élevés au regard de leur chiffre d’affaires. Lorsque l’activité stagne ou diminue, les loyers restent souvent inchangés tandis que les charges continuent d’augmenter.

Ce taux d’effort devenu insupportable pour de nombreux professionnels constitue, selon le rapport, une cause importante de la progression de la vacance commerciale.

Le Sénat écarte toutefois l’idée d’un encadrement généralisé des loyers. Il préconise plutôt de rééquilibrer les relations entre propriétaires et commerçants locataires.

Parmi les recommandations figurent :

  • faciliter la révision des loyers commerciaux en cours de bail afin de les adapter à la réalité économique de l’activité ;
  • limiter les hausses excessives de loyer lors du renouvellement du bail commercial ;
  • mettre en place des observatoires des baux et des loyers commerciaux à l’échelle des bassins économiques, pilotés par les CCI ;
  • mieux faire connaître les incitations fiscales existantes dans les zones d’opérations de revitalisation de territoire ;
  • renforcer la taxe sur les friches commerciales afin de favoriser la remise sur le marché des locaux vacants.

Ces propositions rejoignent les travaux menés par Commerçants de France, qui défend depuis plusieurs années un meilleur équilibre entre bailleurs et commerçants.

Revitaliser durablement les centres-villes et les centres-bourgs

La mission insiste également sur le rôle déterminant des communes et des intercommunalités dans la lutte contre la décommercialisation.

Les rapporteurs recommandent de donner au maire ou au président d’intercommunalité un rôle central en matière d’aménagement commercial et de mieux intégrer le commerce dans les politiques de planification urbaine.

La vitalité du commerce de proximité dépend en effet de nombreuses politiques locales :

  • l’accessibilité des centres-villes et des centres-bourgs ;
  • la présence de transports publics et de solutions de stationnement adaptées ;
  • la sécurité et la propreté de l’espace public ;
  • la qualité de l’aménagement urbain ;
  • la présence de services publics, de professionnels de santé et d’activités génératrices de flux.

Le rapport encourage également la création de postes de managers de commerce, la constitution de foncières locales et l’utilisation du droit de préemption pour favoriser l’installation de nouveaux commerçants et préserver la diversité de l’offre.

Adapter le commerce de proximité aux nouveaux usages

Le Sénat souligne enfin que le commerce physique doit continuer à évoluer pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs.

Les magasins disposent d’atouts que les plateformes en ligne ne peuvent pas toujours reproduire : le conseil, le contact humain, la possibilité de tester les produits, la personnalisation, la réparation ou le service après-vente.

La mission recommande donc de développer davantage les services et les expériences proposés en magasin, mais également de renforcer l’omnicanalité.

Le commerce est désormais à la fois physique et numérique. Une présence en ligne, une communication active sur les réseaux sociaux, le click and collect, le drive ou la réservation peuvent constituer de véritables leviers pour ramener des clients vers les commerces.

Les rapporteurs appellent également à mieux accompagner les commerçants dans l’utilisation des outils numériques et de l’intelligence artificielle, notamment avec l’appui des chambres de commerce et d’industrie.

Il ne s’agit donc pas d’opposer commerce physique et e-commerce, mais de permettre à tous les acteurs de se développer dans des conditions de concurrence équitables.

Des recommandations qui doivent désormais se traduire en actes

Cette mission d’information marque une étape importante dans la reconnaissance des difficultés rencontrées par le commerce de proximité.

Elle met en évidence le caractère multifactoriel de la décommercialisation et propose plusieurs pistes d’action concrètes : lutter contre la concurrence déloyale des plateformes chinoises, agir sur les loyers commerciaux, renforcer les politiques locales de revitalisation et accompagner la transformation des commerces.

Pour Commerçants de France, nombre de ces recommandations confortent des positions défendues de longue date. Elles constituent une base de travail solide.

Il appartient désormais aux pouvoirs publics de les traduire en décisions concrètes afin de lutter durablement contre la vacance commerciale, de soutenir les commerçants indépendants et de garantir des règles du jeu équitables pour l’ensemble des acteurs du commerce.

Pour télécharger le rapport du Sénat : rapport du sénat sur la décommercialisation

decommercialisation

Restez informés de nos actions

Restez informé des dernières actualités de la CDF : inscrivez-vous à notre newsletter.

[sibwp_form id=1]